Une évaluation qui prendra du temps
Il est encore trop tôt pour mesurer précisément les conséquences écologiques de cet incendie. Pour des raisons de sécurité, l’accès aux zones brûlées ne sera probablement pas rétabli avant une longue période, encore à définir.
La grande faune (oiseaux, grands mammifères), certains insectes volants ont réussi à fuir devant l’avancée des flammes. Le retour d’expérience des centres de soins est clair. Après les incendies, leurs représentants n’indiquent aucune hausse de l’arrivée d’animaux blessés. Cela se constate même à la suite d’incendies d’une d’ampleur monumentale comme celui de 2022 en Gironde avec un cumul de 32 000 ha brûlés. Le centre de soins francilien de Faune Alfort en Ile-de-France, avec lequel l’ANVL entretient des rapports étroits, le confirme aussi suite à celui de Fontainebleau.
Cela ne veut pas dire qu’il n’y a aucun impact sur la faune et la flore, bien évidemment.
La petite faune généralement moins mobile et diverses espèces incapables de se déplacer rapidement sont particulièrement affectées. Les impacts seront probablement beaucoup plus importants pour :
- les petits mammifères ;
- les reptiles et amphibiens ;
- beaucoup d’insectes peu mobiles : particulièrement ceux dont les larves se nourrissent de vieux bois comme certains coléoptères au sein des arbres vieux ou morts ou ceux liés aux végétaux ou à l’écosystème du sol ;
- les plantes et végétations (dont des rares qui étaient spécifiquement localisées sur certains sites qui ont brûlé) ;
- des champignons et lichens dont des rares (eux aussi souvent liés au vieux bois ou fixés sur le sol ou des rochers) ;
- etc.
Même si les populations de certaines espèces ont été très affectées par les feux à court terme, il est pour l’instant difficile de savoir si elles le seront toutes à long terme. Sans vouloir minimiser les dégâts, il y a de la nuance à apporter. La régénération des écosystèmes peut se dérouler de façon plus ou moins favorable selon les cas.
Sous condition que les incendies ne soient pas trop fréquents (ce n’est malheureusement pas le scénario le plus probable), le feu peut avoir un effet de régénération de certains milieux ouverts (milieux sans arbres : pelouses, landes, etc.). Les habitats de certaines espèces de landes (par exemple, la Fauvette Pitchou ou l’Engoulevent) pourraient par exemple voir leurs surfaces favorables augmenter dans les années à venir.
Le feu peut aussi avoir un effet fertilisant favorisant la reprise de la végétation. On sait que certaines plantes communes se régénèrent mieux que d’autres après les incendies : la Fougère aigle ou la Molinie peuvent alors devenir colonisatrices au dépens d’autres espèces rares ou menacées.
En revanche, on sait que certaines plantes communes se régénèrent mieux que d’autres espèces après les incendies. Par exemple, la Fougère aigle ou la Molinie peuvent alors devenir colonisatrices au dépens d’autres espèces rares ou menacées.
En revanche, les impacts sur les réserves biologiques intégrales sont probablement très importants et peut-être irréversibles. Ces vieux boisements n’ont connu aucune intervention humaine (gestion, sylviculture) depuis des décennies, parfois depuis le milieu du dix-neuvième siècle pour certains des plus anciens.
On ne remplace pas, on ne replante en quelques années des arbres et des écosystèmes aussi vieux avec une complexité de cortèges d’espèces et d’interactions qui s’est patiemment élaborée au cours du temps long. Plusieurs générations humaines sont nécessaires pour que ces écosystèmes voient le jour… Les espèces liées au bois ont donc probablement dû payer un lourd tribu (insectes, champignons , lichens, mousses, etc.) lors de ces incendies.
Par conséquent, dans les semaines et les mois qui viennent, un important travail scientifique sera nécessaire afin d’évaluer les pertes, suivre le retour progressif des espèces et définir les meilleures stratégies de restauration des milieux.

